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Nous sommes des femmes consacrées à Dieu pour l'éducation des jeunes, avec une attention particulière à la condition féminine. Nous vivons en communauté et avec les jeunes la spiritualité et la pédagogie de Saint Jean Bosco et de Sainte Marie-Dominique Mazzarello.

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Instrumentum Laboris - Chapitre III

CHAPITRE III

ÉGLISE-FAMILLE DE DIEU:

« SEL DE LA TERRE » ET « LUMIÈRE DU MONDE »

 

70. En répondant aux questions des Lineamenta, les Églises particulières souhaitent ouvrir des chemins de réconciliation, de justice et de paix sur le continent. Pour cela, les Pères synodaux réfléchiront sur le problème de l’enracinement de leurs communautés dans la culture africaine, dans la Tradition vivante de l’Église et dans les valeurs évangéliques. Ils auront à découvrir une meilleure manière pour l’Église d’agir comme « sel » et « lumière » au cœur de l’Afrique, en synergie avec la société africaine et pour elle.

 

 I. S’enraciner dans une culture africaine transfigurée

 

71. Les Églises particulières constatent que le défi de l’inculturation est plus que jamais crucial pour nos sociétés africaines dont les cultures sont menacées.

 

1. Les défis de la mondialisation

 

72. Comme le rappelait le Saint-Père Benoît XVI au début de l’année, la famille humaine « connaît aujourd’hui une unité plus grande du fait de la mondialisation » [38]. Dans ce contexte mondial où l’Afrique est lésée, quelques réponses suggèrent que les Pères synodaux cherchent les voies d’une action de l’Église en faveur d’une intégration plus grande des sociétés et des nations du continent. Car dans la course actuelle des pays industrialisés pour occuper les plus grandes réserves minières du monde, l’abondance des ressources naturelles du continent continue d’être une source de menace à la paix, à la justice et à la réconciliation, mais plus encore les sociétés risquent d’être défigurées par la logique de l’économie mondiale au détriment de ce qui construit la personne humaine, c’est-à-dire le meilleur de nos traditions locales et de notre foi [39].

 

2. La nécessité de l’enracinement culturel

 

73. L’Évangile s’enracine dans le terreau humain de la culture. Les sociétés africaines constatent, impuissantes, l’effritement de leurs cultures. L’Église ne peut former d’authentiques chrétiens [40] qu’en prenant sérieusement en main l’enracinement culturel du message évangélique. En cette année jubilaire de Saint Paul, les Églises particulières souhaitent que les Pères synodaux mettent cette figure au centre de leurs réflexions, car « l’Apôtre a été un artisan exceptionnel d’inculturation du message biblique dans de nouveaux contextes culturels. C’est ce que l’Église est appelée à faire aujourd’hui aussi […] Elle doit faire pénétrer la Parole de Dieu dans la pluralité des cultures et l’exprimer selon leurs langages, leurs conceptions, leurs symboles et leurs traditions religieuses » [41].

 

3. Le levain de l’Évangile dans les valeurs africaines

 

74. Il ressort des réponses le besoin d’une meilleure pastorale, pour que les vérités et les valeurs des cultures africaines soient touchées et transfigurées par l’Évangile. Ce que le Serviteur de Dieu Jean-Paul II disait à cet effet demeure une préoccupation : « l’inculturation, disait-il, sera réellement un reflet de l’incarnation du Verbe lorsqu’une culture, transformée et régénérée par l’Évangile, produit à partir de sa propre tradition vivante des expressions originales de vie, de célébration et de pensée chrétiennes » [42]. En s’enracinant dans les Écritures – traduites dans les langues locales –, les chrétiens seront capables d’entendre le Verbe de Dieu et d’écouter sa Parole. Ils lui obéiront selon l’acception commune que prend le verbe « écouter » dans les langues africaines, pour vivre de manière profonde les valeurs évangéliques, sans les trahir par des pratiques et des comportements culturellement admis mais contraires à l’esprit du Christ (cf. Mt 5, 17). Comme dit l’Apôtre Paul : « Oui, j'en ai l'assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 8, 38-39).

 

II. Puiser la force dans la foi au Christ

 

75. Les Conférences épiscopales soulignent, dans la plupart de leurs réponses, que le lien avec le Christ qui a constitués les hommes enfants de Dieu par le baptême, soutient les communautés ecclésiales dans leur action. Elles entretiennent cette relation par l’écoute de la Parole de Dieu, la fraction du pain eucharistique, et la pratique du sacrement de réconciliation (cf. Ac 2, 42).

 

1. La présence agissante du Christ dans nos vies

 

76. Comme un ferment dans nos vies, la foi au Christ présent et agissant nous engage et nous rend capables de solidarité et de partage par l’assistance aux pauvres, aux malades, aux orphelins, aux veuves dans lesquels nous voyons son visage (cf. Mt 25), pour transmettre son amour, sa bonté et sa compassion. Grâce à elle, nous disciples du Christ, nous nous acquittons consciencieusement de notre travail. Elle nous stimule pour la prise en charge des paroisses dans la mesure de nos possibilités, la formation des futurs prêtres et personnes consacrées au sein des Communautés Ecclésiales Vivantes.

 

77. Cette foi nous renvoie au Christ, notre modèle et notre référence au cœur de nos interrogations. En lui, nous trouvons l’orientation de notre vie, par le discernement de la volonté de Dieu notre Père dans les situations que nous traversons. Car « il a traversé en tout l’épreuve de notre condition humaine, excepté le péché » (Hb 4, 15).

 

78. Parce que Jésus-Christ est Sauveur et Seigneur, nous avons pu prendre des initiatives en vue de promouvoir la réconciliation, la justice et la paix. Face aux difficultés, nous n’avons pas reculé devant les combats contre les antivaleurs et sommes demeurés accrochés à notre communauté catholique de foi sans fuir vers les solutions faciles de salut proposées par les sectes. La Seigneurie du Christ nous a remplis de courage, de maîtrise de soi, et de paix, dans les moments de persécution. Nous demeurons dans l’espérance, car, disait-il, « dans le monde vous aurez des tribulations, mais courage, j’ai vaincu le monde » (Jn 16, 33). Et encore : « Je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28, 20).

 

2. Le Christ, Pain de Vie

 

79. Comme le rappelait encore la Douzième Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques sur la Parole de Dieu, c’est à la table du Christ Pain de Vie que les chrétiens nourrissent la koinonia (« communion fraternelle »),[43] qu’ils communiquent ensuite à la société.

 

Le rendez-vous eucharistique

 

80. Dans l’Eucharistie, le Christ demeure au milieu de nous et en chacun de nous. En se donnant à nous, confessent les Églises particulières, il nous rassemble et fait de nous un peuple de fils et filles de Dieu réconciliés et en harmonie avec le Père, et les uns avec les autres, pour qu’à notre tour nous soyons des agents de réconciliation, des artisans de paix et de justice. Pris dans l’offrande du Christ à son Père, nous pouvons, en Lui, vivre des actions et des gestes de paix, de réconciliation, et consentir aux sacrifices du don de nous-mêmes. Car « lui, Jésus, a donné sa vie pour nous; nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères » (1 Jn 3, 16), afin que s’étende le Royaume du Père. La Célébration Eucharistique se vit alors dans sa dimension de lieu d’expérience spirituelle où le mémorial du Christ inspire nos engagements, nous donne la force pour aller vers les autres en témoignage évangélique de foi et d’amour.

 

81. L’Eucharistie est sacrement d’amour. Et là où est l’amour, la haine, la vengeance et l’injustice n’ont pas droit de cité. Ainsi, une communauté édifiée par l’Eucharistie devient un authentique sacrement d’unité, de fraternité, de réconciliation au cœur de l’humanité. Car en elle, le Seigneur veut couronner de succès tous nos efforts visant à faire du monde un lieu de Gloire pour son Père, puisque « la Gloire de Dieu, dit Saint Irénée, c’est l’homme vivant » [44].

 

82. C’est encore dans ce sacrement qui nous réconcilie avec notre Père que nous obtenons la guérison de nos divisions par la préparation pénitentielle, par la paix du Christ donnée et reçue, et par le Pain de Vie partagé, où Jésus lui-même nous nourrit de son Corps et de sa Parole.

 

La force de la Parole de Dieu

 

83. La Parole de Dieu nourrit notre foi et soutient notre engagement. Elle inspire la vie personnelle, éclaire les événements quotidiens et offre des critères de discernement dans l’action.

 

84. Force de cohésion et de construction de communautés chrétiennes et de sociétés plus justes et plus fraternelles, la Parole de Dieu redynamise et revivifie les membres de nos communautés [45]. Il est donc important d’écouter, de méditer et d’approfondir la Parole, lieu privilégié où se réalise le merveilleux projet de Dieu sur la personne humaine et la création. Les expériences de certaines familles, où la Bible est au centre de leur vie et sert à l’éducation des enfants, aux relations entre parents, attestent que la Parole de Dieu restaure l’harmonie et la concorde dans le foyer, resserre les liens dans la famille. La familiarité avec la Parole de Dieu écoutée et partagée en famille avertit les consciences et protège des dérives telles que le concubinage, l’adultère et l’alcoolisme. Elle maintient le regard de ses membres fixé sur Jésus-Christ.

 

85. Ces expériences nous invitent à lutter contre l’analphabétisme et à solliciter une vaste solidarité pour réduire le coût des bibles, afin que chaque chrétien ou au moins toutes les familles y aient accès. Si elle est lue et expliquée en groupe ou dans les Communautés Ecclésiales Vivantes, l’Écriture Sainte deviendra le ferment qui rénove et recrée notre culture pour qu’elle façonne des femmes et des hommes nouveaux « à la taille du Christ dans sa plénitude » (Ep 4, 13).

 

Le sacrement de la réconciliation

 

86. Fidèle à son ministère de la réconciliation de l’homme avec Dieu et des hommes entre eux, l’Église assure à ses fils et filles le service du sacrement de pénitence, de réconciliation et de pardon. Par la pratique habituelle de ce sacrement, les chrétiens témoignent qu’ils apprennent à regarder en face leur vie pour confesser l’expérience de la miséricorde et de la bonté de Dieu[46] face à leur misère, leur péché, leurs manques d’amour.[47] Cette pratique sacramentelle est devenue un authentique milieu où la grâce de Dieu les a réconciliés avec eux-mêmes et avec les autres. Ils ont progressivement appris à entrer dans la logique de la réconciliation (cf. Mt 6, 15 ; 18, 23-35). Une forme de célébration communautaire du sacrement, selon les normes de l’Église, ne pourrait-elle pas contribuer à panser les blessures des sociétés déchirées par des expériences de violences, de conflits et de guerres ?

 

III. Agir en Église-Famille de Dieu

 

1. Fils et filles du même Père dans le Fils unique

 

87. Bien que provenant d’origines diverses, l’appartenance au Christ nous rassemble en frères et sœurs d’une même famille de fils et filles de Dieu. Ce faisant, elle nous invite à transformer nos différences tribales, ethniques, raciales ou de classes sociales, qui parfois entravent notre marche ensemble, pour que l’eau du baptême soit plus fort que le sang (cf. Ga 3, 27-28).

 

88. Parce que fondée sur la paternité de Dieu, l’image de l’Église comme Famille a mis en relief les valeurs familiales africaines de solidarité, de partage, de respect de l’autre, d’hospitalité, de cohésion, etc. Ce modèle a ouvert les cœurs et les esprits à une gestion des conflits par le dialogue sous « l’arbre à palabre » et par les rites de réconciliation, qui, pour nous disciples du Christ, sont la Parole de Dieu, écoutée et partagée [48], le sacrement de pénitence et l’Eucharistie qui scelle la communion. C’est ce que nous enseigne l’expérience des synodes diocésains, des journées sacerdotales, des forums de fidèles laïcs, des Communautés Ecclésiales Vivantes.

 

2. Signe et instrument de réconciliation

 

89. L’Église-Famille devient signe visible et instrument de justice, de paix et de réconciliation opérée par le Christ au bénéfice du genre humain, lorsqu’elle vit en cohérence avec son identité de famille « sel de la terre » et « lumière du monde » [49]. Le Serviteur de Dieu Jean-Paul II en a donné un exemple à Gorée (Sénégal) en 1992 et au seuil du troisième millénaire à Rome (le 12 mars 2000). Après lui, les évêques du SCEAM ont repris son geste à Gorée en 2003.

 

L’Église sacrement de réconciliation

 

90. L’Église sur le continent africain a tenu une place remarquable dans la réconciliation lors des conflits. Aussi bénéficie-t-elle d’une grande crédibilité dans beaucoup de sociétés africaines. N’est-ce pas une invitation à s’engager plus courageusement à bâtir des ponts entre les hommes ? Par exemple, la force dont les communautés ecclésiales disposent leur venant de l’Esprit Saint, certaines témoignent qu’au nom de leur foi en Christ, elles ont le courage de prendre des initiatives pour réconcilier, au niveau des Communautés Ecclésiales Vivantes, les couples séparés, les familles en conflits, les communautés villageoises divisées.

 

La réconciliation authentique : guérison pour la justice et la paix

 

91. Comme une semence jetée en terre qui pousse sans qu’on s’en aperçoive, ainsi du Règne de Dieu dont l’Église est le signe et l’instrument. L’efficacité de son action est invisible pour les yeux humains. La réconciliation que le Christ continue d’opérer à travers elle pour l’unité du genre humain est une guérison lente et longue qui exige de tous les chrétiens qu’ils y travaillent avec la foi de Moïse qui, « comme s’il voyait l’invisible, tint ferme » (Hb 11, 27). Guéris par l’onction de l’Esprit du Christ, ils pourront œuvrer pour ajuster les hommes entre eux et rétablir la paix dans les cœurs et dans la société.

 

IV. S’engager pour une Afrique réconciliée

 

92. Il est reconnu que l’Église est profondément engagée dans la société africaine au service de tous à travers ses institutions d’éducation, de santé et les programmes de développement. Comment ces institutions et communautés (Conférences épiscopales, diocèses, paroisses, Communautés Ecclésiales Vivantes) peuvent-elles donner les mêmes signes ?

 

1. L’Église, Famille pour les nations

 

93. Les Communautés Ecclésiales Vivantes incarnent ce souci de convivialité familiale dans l’Église. La vie chrétienne à taille humaine se vit dans ce cadre. Les solidarités positives comme expression de la charité chrétienne s’expérimentent de façon exemplaire dans ces communautés. Et la Parole de Dieu, en certains endroits, est lue, partagée et vécue à cette échelle. Le rôle des animateurs laïcs des communautés devient important pour assurer un service de leadership qui aide les membres à grandir dans leur foi et leur engagement pour une société réconciliée, juste et pacifiée. Un travail théologique est sans doute attendu en ce « lieu ».

 

94. L’Église prend la famille pour modèle, elle doit travailler à ce que cette « église domestique » soit à l’image de la Sainte Famille où le don total de soi à l’autre est marqué de respect, de disponibilité et de collaboration (cf. Mt 2, 13-14.19-23 ; Lc 2, 21ss ; Jn 2, 1-12 ; 19, 26-27 ; Ac 1, 14). Les couples et la famille appellent une attention particulière. Le mariage traditionnel oblige parfois des chrétiennes à vivre en marge de la communauté chrétienne. Que peut-on faire pour que la célébration chrétienne du mariage s’enracine davantage dans la tradition africaine de l’alliance matrimoniale et que cette dernière soit élevée et transformée par les valeurs évangéliques du mariage chrétien? [50]. Quelles dispositions adopter pour réduire le coût souvent très élevé des mariages à l’église et encourager les plus démunis à célébrer le sacrement ? La question du couple chrétien affecte naturellement celle de la famille. La complexité du contrôle des naissances demande que l’Église s’y penche avec l’aide d’experts et en dialogue avec les couples chrétiens, dans le respect des valeurs culturelles africaines liées à la vie, dans le respect de la loi morale telle que l’enseigne l’Église, et dans l’utilisation des meilleurs conseils médicaux pour « le planning familial naturel ».

 

95. Par ailleurs, avec la baisse de la pratique chrétienne on constate dans certaines Églises particulières un affaiblissement du tissu familial ecclésial. Il y a plusieurs raisons à cela. Le manque de projet commun ralentit l’Église dans son effort pour la paix et la résolution des conflits. Les chrétiens sont fragilisés parce qu’ils n’ont pas une solide compréhension de leur foi pour la vivre et « rendre raison de l’espérance qui est en eux » (1 P 3, 15). L’Écriture Sainte, qui doit les y aider, n’est pas encore entrée dans leur mode de vie comme source d’apprentissage du cheminement avec Dieu au cœur du monde et de l’histoire. Parfois, ils ont même recours à la sorcellerie et aux pratiques ci-dessus déplorées, ou se laissent influencer par les idéologies politiques et les sectes chrétiennes qui attaquent l’Église catholique. Et pour un grand nombre de chrétiens, l’Église c’est la hiérarchie ; ils n’ont pas à l’esprit la dimension du Corps mystique avec ses membres multiples. Il n’y a pas de doute que le manque d’ouvriers apostoliques dans certaines Églises particulières et les problèmes économiques qu’elles rencontrent, handicapent la volonté d’entreprendre des projets capables d’édifier ce sentiment d’être Église. Par ailleurs, l’Église souffre du fait que des prêtres, religieux et religieuses donnent parfois le mauvais exemple en se livrant à des pratiques occultes – et cela peut même se produire dans des prières de guérison et de délivrance –, à des luttes de positionnement social au lieu de se dévouer au service des tout-petits.

 

2. Le service de la société : santé, éducation et développement socio-économique

 

96. En certaines régions du continent, les infrastructures de santé, déjà insuffisantes, sont non seulement détruites par les guerres, mais aussi rendues inefficaces par suite de l’incompétence et de la corruption. L’expression de la solidarité chrétienne et africaine s’en trouve ainsi mise à dure épreuve, et singulièrement là où le nombre de malades atteints par les maladies endémiques est très élevé. Dans d’autres régions, les structures de santé sont significatives ; elles sont capables d’accueillir les malades, les blessés de guerre, et d’autres nécessiteux. Des Mutuelles de Santé concrétisent la volonté ecclésiale de solidarité. Et grâce à l’aide aussi bien de la Caritas que des Communautés Ecclésiales Vivantes, les plus pauvres sont pris en charge, les sidéens sont suivis. Des Associations dans certaines Églises particulières accompagnent les familles dans le planning familial selon les méthodes naturelles. L’abnégation et la générosité exemplaire du personnel soignant dans les institutions de santé rendent visible la sollicitude de l’Église pour les malades.

 

97. Dans le secteur de l’éducation, de nombreuses Églises particulières ont mis en place des structures mais non sans difficulté. Toutefois, leur gestion est difficile à cause du nombre pléthorique des jeunes et du manque de personnel qualifié. Parce que les jeunes n’ont pas d’espace de loisir et de jeux pour se recréer, ils se divertissent en des endroits où la mauvaise compagnie les entraîne vers la drogue et la violence. En outre, ils sont victimes d’abus sexuels et d’autres crimes, quand ils ne sont pas enrôlés comme soldats dans les guerres ou exploités pour le travail des champs ou dans les mines. La situation empire quand il s’agit d’orphelins ou, plus généralement, quand manquent l’intérêt, le suivi et le contrôle de la famille. Or, les enfants ont des droits [51] : œuvrer avec la jeunesse et pour elle, c’est penser à l’avenir de toute la société. Cette tâche s’impose donc à tous les chrétiens. Les écoles catholiques en ont le souci, mais celles qui ne bénéficient pas de subventions étatiques peinent à se maintenir ou se maintiennent à des coûts prohibitifs pour les pauvres. Malgré cela, le développement des universités catholiques dans le continent est remarquable. Ceci dit, le dévouement à la tâche et l’attention aux élèves et étudiants de tous ceux qui travaillent dans le secteur éducatif forcent l’admiration et méritent l’encouragement de toute l’Église.

 

98. Au-delà des secteurs spécifiques de la santé et de l’éducation, la grande majorité des Églises particulières se sont engagées dans différents domaines socio-économiques au service des pauvres, des réfugiés, des nomades, de la jeunesse. Elles ont un souci particulier pour les catholiques engagés dans la vie politique et économique.

 

3. Le dialogue œcuménique

 

99. Grâce à certains lieux habituels de rencontre, la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, la traduction de la Bible en nos langues locales avec l’Alliance biblique, le dialogue entre chrétiens en Afrique, toutes confessions incluses, se maintient. Il mériterait d’être davantage stimulé.

 

100. Le désir de poursuivre le dialogue avec nos frères et sœurs chrétiens butte cependant contre quelques obstacles : d’un côté, divergent les références doctrinales, les principes d’herméneutique biblique, la nature et la mission de l’Église, la morale et la discipline ecclésiastique, de même que les styles liturgiques ; se dressent, de l’autre, la méfiance, la rivalité entre groupes de chrétiens et un fondamentalisme mû par des complexes exprimés, entre autres, par le mimétisme vestimentaire (habits cléricaux, insignes épiscopaux, vêtements liturgiques). Le déficit de tolérance et de compréhension mutuelle ainsi que les accusations mutuelles rendent les rencontres très difficiles. Dans l’espace public, l’Église catholique est l’objet d’une virulente agressivité de la part des sectes chrétiennes, instrumentalisées par les politiques pour saper les valeurs qu’elle défend : famille, respect de la dignité et de la sacralité de la vie humaine, unité. Malgré les défis, le dialogue doit se poursuivre, et particulièrement dans les rencontres nationales et internationales du Conseil Œcuménique des Églises.

 

4. La relation avec la Religion Traditionnelle Africaine

 

101. Avec les adeptes de la Religion Traditionnelle Africaine, la relation pastorale suggérée est celle d’une étude sympathique de cette religion et la culture qui en constitue la matrice, en vue d’identifier les éléments bons et nobles, que le Christianisme peut adopter en purifiant ceux qu’il juge incompatibles avec l’Évangile pour forger une culture de réconciliation, de justice et de paix. Une telle approche faciliterait la collaboration avec les adeptes de cette religion. Elle contribuera à une authentique inculturation dans l’Église [52]. On distinguera cependant les adeptes de la Religion Traditionnelle Africaine des chauvinistes qui la défendent comme patrimoine national et en font un objet de fierté nationale alors que souvent ils ne la pratiquent pas.

 

5. Le dialogue avec l’Islam

 

102. Avec nos frères et sœurs musulmans, la cohabitation en certains endroits est saine et bonne ; en d’autres lieux, par contre, la méfiance d’un côté comme de l’autre empêche un dialogue serein : les conflits qu’occasionnent les mariages mixtes constituent un exemple. Et l’intolérance de certains groupes islamiques engendre des hostilités et entretient les préjugés. N’y aident pas non plus les positions doctrinales prises par certains courants à propos du Jihad : Comment travailler à la paix par le dialogue et la réconciliation comme la foi chrétienne nous le demande ? La tendance à la politisation des appartenances religieuses est par ailleurs un danger qui s’est révélé là où le dialogue s’était amorcé. Toutefois, au cœur des crises, en certaines régions la collaboration dans l’éducation civique et électorale s’est avérée fructueuse. Parfois, des musulmans ont accueilli positivement les documents des Conférences épiscopales. Quelques fois, les structures de l’Église ont servi à des communautés musulmanes pour la distribution de biens aux pauvres et aux nécessiteux. La solidarité de certains milieux musulmans avec l’Église est manifeste lorsque celle-ci organise des rencontres de réflexion sur les problèmes de société : la coexistence pacifique, la corruption et la pauvreté, etc. Et le respect de l’identité religieuse des enfants musulmans dans nos écoles catholiques participe de manière exemplaire et efficace à l’éducation de la société à la tolérance et à la paix.

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