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Nous sommes des femmes consacrées à Dieu pour l'éducation des jeunes, avec une attention particulière à la condition féminine. Nous vivons en communauté et avec les jeunes la spiritualité et la pédagogie de Saint Jean Bosco et de Sainte Marie-Dominique Mazzarello.

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Instrumentum Laboris - Chapitre I

CHAPITRE I

L’ÉGLISE EN AFRIQUE AUJOURD'HUI

 

I. De la première à la deuxième Assemblée Spéciale pour l’Afrique

1. De 1994 à 2009 : un contexte social nouveau

Des évolutions positives

Discernement, dans l’Esprit Saint, des racines de nos souffrances

2. L’Assemblée Synodale dans une trajectoire de continuité

Depuis la Première Assemblée Spéciale et Ecclesia in Africa

Les tâches à poursuivre

 

II. Quelques lieux critiques de la vie des sociétés africaines

1. Le domaine sociopolitique

2. Le domaine socioéconomique

3. Le domaine socioculturel

 

III. Réflexions théologiques sur le thème du synode

1. Les disciples du Christ comme « Sel » et « Lumière »

Le contexte de la Parole de Jésus

La traduction en acte de la vision du Christ

2. L’Église-Famille de Dieu et la « diaconie »

Une Église-Famille servante

Servante de justice et paix

Servante de réconciliation

3. La justice du Royaume

4. La paix du Royaume


L’ÉGLISE EN AFRIQUE AUJOURD'HUI

 

5.   Le regard que l’Église porte sur ce continent s’alimente aux sources de la vie concrète des communautés chrétiennes dans leur contexte ordinaire de vie. Le bien qui se fait est souvent plus discret mais plus profond que le mal bruyant et tragique dont les médias se font l’écho. Les Églises particulières ont perçu les actions de l’Esprit Saint dans les sociétés africaines en général et dans l’Église en particulier, singulièrement depuis la Première Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques.

 

1. De 1994 à 2009 : un contexte social nouveau

 

6.   Le contexte social africain s’est modifié de manière significative depuis la dernière Assemblée synodale tenue en 1994. Si dans les grandes lignes certains problèmes fondamentalement humains sont inchangés, certaines données invitent à l’approfondissement des questions déjà soulevées il y a quinze ans au plan religieux, politique, économique et culturel.

 

 

Des évolutions positives

 

7.   L’action de grâce est la première réponse des Églises particulières. En effet, l’émancipation des peuples du joug des régimes dictatoriaux annonce une ère nouvelle et le début, bien que timide, d’une culture démocratique comme l’attestent les différentes élections qui ont eu lieu à travers le continent. Le désir de l’Église de demeurer impartiale dans la conduite des affaires politiques a été reconnu et salué, pendant la période de transition politique dans certains pays, à travers la sollicitation d’évêques pour présider les Conférences nationales souveraines et à travers les initiatives prises par les fidèles laïcs pour promouvoir d’authentiques institutions démocratiques. En outre, l’exemple de l’accord-cadre entre le Saint-Siège et la République Gabonaise sur les principes et sur certaines dispositions juridiques concernant leurs relations et leur collaboration, signé le 12 décembre 1997 et ratifié le 2 juin 1999 mérite d’être relevé.

 

8.   Les dirigeants africains ont pris davantage conscience de leur responsabilité historique face aux conflits, parfois sanglants, provoqués par les élections (signes de croissance politique vers l’établissement d’un État de droit). Ils assurent eux-mêmes la médiation dans les pays en crise ou cherchent des voies pacifiques : le contentieux de la péninsule de Bakassi entre le Cameroun et le Nigéria fut réglé de façon exemplaire sous l’égide des Nations-Unies. Vis-à-vis de tout le continent, la création de l’Union Africaine et du Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD) sont à accueillir comme les signes d’une volonté de la part des responsables politiques de donner une vision et un cadre stratégique pour sortir l’Afrique de la pauvreté et de la marginalisation dans un mouvement général de mondialisation. Le Mécanisme Africain d’Évaluation par les Pairs (MAEP) est un outil dont l’Afrique s’est doté pour évaluer ses efforts aussi bien en culture démocratique qu’en économie. À l’échelle des nations, l’exemple de la Commission « Vérité et Réconciliation » en Afrique du Sud et ailleurs a réussi à utiliser le modèle traditionnel africain de « l’arbre à palabre » et des éléments chrétiens (par exemple l’octroi du pardon à celui qui avoue son péché) pour éviter au pays de sombrer dans le chaos. Cependant, le caractère volontariste et le manque de quelque forme de réparation ou de compensation ne limitent-ils pas son efficacité ?

 

9.   L’Église a pu accompagner des chrétiens et des non-chrétiens dans ce processus, notamment à travers les organisations de pastorale sociale. Et les Communautés Ecclésiales Vivantes (CEV) [2] ont vécu leur engagement social à la lumière de l’Écriture.

 

10. L’Église a vu les effets d’une forte action de l’Esprit Saint dans la croissance de ses communautés [3] : les baptisés, les vocations sacerdotales et religieuses, les mouvements et associations de fidèles laïcs, etc. Une grande soif de Dieu s’est manifestée de diverses manières dans le continent, et paradoxalement la prolifération des sectes en est un autre signe. Aujourd’hui, l’Église, qui célèbre le deuxième millénaire de la naissance de Saint Paul, se rappelle la conviction du grand Apôtre des nations : « Annoncer l'Évangile en effet n'est pas pour moi un titre de gloire ; c'est une nécessité qui m'incombe. Oui, malheur à moi si je n'annonçais pas l'Évangile ! » (1 Co 9, 16). Mais où donc le Christ envoie-t-il ses disciples annoncer la Bonne Nouvelle aux sociétés africaines de ce temps ? Comment dire Jésus-Christ en Afrique dans les nouveaux aréopages du continent (cf. Ac 17, 22ss)?

 

Discernement, dans l’Esprit Saint, des racines de nos souffrances

 

11. Tout bien considéré dans la lumière du Saint-Esprit, les Églises particulières estiment que le cœur humain blessé demeure l’ultime repaire où se niche la cause de tout ce qui déstabilise le continent africain [4]. L’égoïsme alimente l’appât du gain, la corruption et l’avarice, pousse au détournement de biens et richesses destinés à des peuples entiers. La soif du pouvoir provoque le mépris de toutes les règles élémentaires d’une bonne gouvernance, utilise l’ignorance des populations, manipule les différences politiques, ethniques, tribales et religieuses, et installe la culture du guerrier comme héros et celle de la dette pour des sacrifices passés ou des torts commis. Ce qui souille la société africaine, c’est fondamentalement ce qui sort du cœur humain (cf. Mt 15, 18-19 ; Mc 7, 15 ; voir aussi Gn 4).

 

12. De connivence avec des hommes et femmes du continent africain, des forces internationales exploitent cette misère du cœur humain qui n’est pas spécifique aux sociétés africaines. Elles fomentent des guerres pour écouler des armes. Elles soutiennent des pouvoirs politiques irrespectueux des droits humains et des principes démocratiques pour garantir en contrepartie leurs avantages économiques (exploitation des ressources naturelles, acquisition de marchés importants, etc.). Elles menacent de déstabiliser les nations et d’éliminer les personnes qui veulent s’émanciper de leur tutelle.

 

13. La mondialisation est un fait de ce siècle et même si elle tend à marginaliser le continent africain, il est impossible de parler des problèmes et des solutions de l’Afrique sans impliquer d’autres continents et leurs institutions économiques, financières et leur réseau d’information dont l’impact sur les sociétés africaines est considérable. Les communautés ecclésiales invitent les Pères synodaux à examiner ces drames dont les sociétés africaines sont en partie responsables et en partie victimes [5].

 

2. L’Assemblée Synodale dans une trajectoire de continuité

 

14. Il a semblé aux Pasteurs d’Afrique, en union avec l’évêque de Rome qui préside à la communion universelle de la charité [6], qu’un approfondissement des problèmes déjà soulevés lors de la précédente Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques, et repris dans l’Exhortation Apostolique Post-synodale Ecclesia in Africa, méritaient une plus grande attention. Il s’agit d’inscrire la démarche synodale actuelle dans la trajectoire de la précédente aussi bien au niveau des questions qui feront l’objet du discernement collégial, que de l’attitude chrétienne requise.

 

15. En effet, les problèmes ci-dessus mentionnés avaient fait l’objet d’attention des Pères synodaux [7]. L’Église en Afrique s’était alors présentée, sous le modèle de la Famille de Dieu, évangélisatrice par le témoignage : « vous êtes mes témoins » (Ac 1, 8). À l’aube du XXIème siècle, elle entend poursuivre sa réflexion sur sa mission de communion et son engagement à servir la société comme une nouvelle dimension de l’annonce de l’Évangile, en étant « sel de la terre » et « lumière du monde » (Mt 5, 13.14) [8].

 

16. Les Lineamenta ont invité, à propos de l’Exhortation Apostolique Post-synodale Ecclesia in Africa, « à faire un inventaire et un examen de conscience ; autrement dit, à nous poser trois questions : Qu’a fait Ecclesia in Africa ? Qu’est-ce que l’Église en Afrique a fait de Ecclesia in Africa ? Que reste-t-il à faire […] en fonction du nouveau contexte africain ? » [9].

 

Depuis la Première Assemblée Spéciale et Ecclesia in Africa

 

17. Pour que l’Église en Afrique se manifeste de façon pertinente, la Première Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques a proposé le modèle de l’Église-Famille de Dieu. Et l’Assemblée signalait au nombre des conditions d’un témoignage crédible : la réconciliation, la justice et la paix. Aussi recommandait-elle entre autres : la formation des chrétiens à la justice et à la paix, l’affermissement du rôle prophétique de l’Église, la juste rémunération des travailleurs [10] ; la mise en place de Commissions Justice et Paix [11]. Qu’est-ce qu’un regard rétrospectif permet de constater ?

 

18. Les réponses des Églises particulières reconnaissent dans leur grande majorité que Ecclesia in Africa a été vécue et continue de l’être. En certains endroits, l’Exhortation n’a pas encore été suffisamment diffusée et mise en application, malgré ses claires recommandations. Des efforts doivent encore être faits pour que son message, qui reste toujours actuel et pertinent, soit assimilé. Pour ce faire, on suggère l’utilisation de la radio, de la presse écrite, des nouvelles technologies de l’information et de la communication. La catéchèse, les célébrations liturgiques, les congrès théologiques, à leur plan, peuvent apporter leur contribution spécifique. Il est dès lors souhaitable qu’une évaluation exhaustive de la réception de l’Exhortation Apostolique Post-synodale par des experts soit entreprise pour relever ce qui a été fait et mettre en lumière ce qui reste encore à faire.

 

19. À leur niveau, certaines Églises particulières ont recensé les recommandations de l’Exhortation Apostolique Post-synodale qui ont été mises en application :

 

-    Les Assemblées plénières du Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et Madagascar (SCEAM-SECAM) : notamment celles de 1997 et 2000.

-    Le plan d’action pastorale : des Conférences épiscopales et des diocèses se sont dotées de plans d’action pastorale.

-    L’Apostolat biblique, comprenant la traduction de la Bible en langues locales [12], a permis un regain d’intérêt pour la lecture de l’Écriture Sainte, et rendu les célébrations de la Parole de Dieu plus dynamiques, plus participatives et partant plus effectives.

-    Les Communautés Ecclésiales Vivantes [13] : elles sont de véritables lieux d’étude, de méditation et de partage de la Parole de Dieu ; elles favorisent une expression de la foi chrétienne dans un cadre typique d’une communauté traditionnelle africaine. L’expérience d’intégration des funérailles dans la Liturgie Eucharistique au domicile du défunt, pour rappeler l’espérance chrétienne en la résurrection et indiquer la famille comme cellule vivante de l’Église-Famille de Dieu, s’est avérée un puissant soutien de la foi [14].

-    La famille [15] : l’évangélisation de la famille a consisté entre autres à considérer l’espace familial, « église domestique », comme lieux de rencontre des chrétiens, et à lutter contre tout comportement en contradiction avec le plan divin sur la famille : par exemple l’homosexualité, la prostitution et l’avortement.

-    La jeunesse [16] : l’Église a érigé ou consolidé des structures pour l’encadrement des jeunes ; elle a veillé à nommer des aumôniers pour l’apostolat des jeunes et pour coordonner leur participation à la vie de l’Église au plan national et international.

-    Les congrès et les symposiums théologiques : de nombreuses rencontres de recherche et de réflexion ont permis d’approfondir les questions soulevées par la Première Assemblée et par Ecclesia in Africa.

-    L’Église comme médiatrice [17] : l’Église a servi de médiation entre parties en conflits et elle a défendu et soutenu la cause des plus vulnérables de la société (« la voix des sans-voix »).

-    Le développement intégral [18] : par les Caritas et d’autres organisations de pastorale sociale, l’Église est présente dans la lutte contre les pauvretés humaines de tout genre. Des synodes diocésains et interdiocésains ont été organisés pour réfléchir sur le défi que sont la pauvreté et la dépendance économique.

-    Les Commissions Justice et Paix [19] : elles ont été de véritables instruments d’évangélisation par l’éveil des consciences chrétiennes à la défense des droits humains, à la bonne gouvernance, etc. ; ensemble avec d’autres organisations ecclésiales orientées vers le social, elles ont contribué à la formation civique de chrétiens et non-chrétiens pour promouvoir la justice, la paix et la réconciliation.

-    Les moyens de communication sociale [20] : l’investissement de l’Église dans les médias, la radio notamment, n’a pas cessé d’augmenter ; ils sont de puissants moyens pour communiquer la réconciliation, la justice et la paix comme dimensions de la Bonne Nouvelle du salut.

-    Le dialogue œcuménique et interreligieux [21] : il s’est manifesté de manière tangible comme instrument de respect mutuel dans les actions pour la santé (notamment le VIH/Sida, la malaria et le choléra), pour la promotion de la paix, la bonne gouvernance et la démocratie, mais aussi dans d’autres initiatives concrètes.

-    Le fléau du Sida [22] : des structures (hôpitaux, centres de santé) et organisations ont été mises en place pour lutter contre ce fléau et accompagner les malades et leurs proches.

-    L’autosuffisance [23] : certaines Églises particulières ont mis sur pied des projets générateurs de revenus (ex. Banques, Compagnies d’Assurances, des unités de production agricole, etc.) pour soutenir l’œuvre d’évangélisation.

 

Les tâches à poursuivre

 

20. Les tâches définies par la Première Assemblée sont un chantier ouvert qu’il faut poursuivre. La Deuxième Assemblée devrait corriger le manque d’un système de suivi de l’application des résultats de l’Assemblée et de l’Exhortation Apostolique Post-synodale. Quelques Églises particulières ont proposé les secteurs sociaux suivants comme lieux d’attention :

 

-    La famille. Il ressort qu’un besoin de créativité se fait sentir pour répondre aux besoins spirituels et moraux de la famille. Certaines Églises particulières, cherchant à accompagner les familles dans les défis qu’elles rencontrent et à encadrer les couples, se demandent s’il ne faut pas élaborer des stratégies et des programmes de service.

-    La dignité de la femme. Un grand nombre d’Églises particulières estiment que la dignité de la femme est encore à promouvoir aussi bien dans l’Église que dans la société. Car les femmes et les laïcs en général ne sont pas encore pleinement intégrés dans les structures de responsabilités de l’Église, et dans la conception de son programme pastoral.

-    La mission prophétique. La recherche de la paix et de la justice fait partie intégrante de la mission prophétique liée à l’annonce de l’Évangile (cf. Lc 4, 16-19). Cette action est souvent paralysée par la pression des pouvoirs et par la faiblesse des ressources financières. Les questions de justice et de paix sont alors rattachées aux Commissions Justice et Paix et le développement à la Caritas ou aux organismes d’action pastorale spécialisés dans ce secteur. Comment rendre visible l’unité intrinsèque des deux aspects ?

-    Les communications et les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Un effort reste à faire pour que les radios deviennent authentiquement catholiques. Les media ont besoin d’être évangélisés, par la formation de ceux qui les animent. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication sont aujourd’hui un milieu incontournable d’évangélisation. Par quelles voies l’Église peut-elle s’y engager ?

-    L’autosuffisance. Un grand nombre de programmes de l’Église en Afrique dépendent encore largement de donateurs. Cet état de fait ne présente-t-il pas le risque, d’une part, de bénéficier de fonds venant d’organisations irrespectueuses des droits humains, et d’autre part, d’hypothéquer l’autonomie et la propriété des programmes, des projets et des structures au détriment de l’Église et des bénéficiaires ?

 

II. Quelques lieux critiques de la vie des sociétés africaines

 

21. Les problèmes soumis aux Pères synodaux interpellent vivement la conscience chrétienne. Ces problèmes sont non seulement dans la société mais aussi dans l’Église elle-même, car les chrétiens sont aussi fils et filles de leurs sociétés. « Les Églises d’Afrique […] portent toutes en elles cette fragilité de la situation actuelle des Pays africains à bien des niveaux institutionnels, financiers, théologiques, culturels et même juridiques ».[24] On peut les regrouper en trois domaines : politique, économique et culturel.

 

1. Le domaine sociopolitique

 

22. Ces dernières années, au plan politique, sont apparus des signes qui font espérer une maturation des consciences civiques ; une société civile active se fait de plus en plus visible dans la lutte pour les droits humains ; des hommes et femmes politiques se montrent assoiffés de la renaissance du continent à tous égards, et le souci d’une résolution interafricaine des conflits, constatée çà et là, atteste que certaines personnes des classes politiques africaines ont une vive conscience qu’il leur incombe d’éduquer politiquement leurs peuples et de guider leurs nations vers une vie de paix et de prospérité.

 

23. Cependant, la société continue de lutter pour se libérer de multiples entraves. Certains dirigeants politiques font preuve d’insensibilité aux besoins de leur peuple, poursuivent leurs intérêts personnels, méprisent les notions de bien commun, perdent le sens de l’État et des principes démocratiques, élaborent des politiques tendancieuses, partisanes, clientélistes, ethnocentriste, et fomentent la division pour régner. En certains endroits, le parti au pouvoir tend à s’identifier à l’État. La notion d’autorité se conçoit alors comme « pouvoir » - parti au pouvoir, partage de pouvoirs – et non comme « service » (cf. Mt 20, 24ss ; voir aussi 1 R 3). On constate en outre, avec tristesse, que des hommes et femmes en politique démontrent une inculture grave en matière politique, violent sans état d’âme les droits humains et instrumentalisent la religion autant que les institutions religieuses dont ils ignorent par ailleurs la mission et la fonction dans la société. Il n’est donc pas étonnant qu’aux différends politiques ils opposent des réponses belliqueuses. Le manque de conscience et d’éducation civique des citoyens est alors exploité au détriment de ces derniers. Or, seul un environnement politique stable peut favoriser l’essor économique et le développement socioculturel.

 

2. Le domaine socioéconomique

 

24. Dans le monde des affaires, certains dirigeants d’entreprise et certaines corporations d’hommes et femmes d’affaire ont la ferme volonté d’assainir et de redresser l’économie de leurs pays : des voies de communication dans certaines régions, voire au niveau continental, sont améliorées ; des institutions financières sont créées par des Africains ; etc. En somme, on découvre une volonté de créer de richesses pour réduire la pauvreté et la misère, améliorer la santé des populations.

 

25. Ces efforts sont encore ralentis par le dysfonctionnement des institutions étatiques censées accompagner les acteurs économiques. Car un marché interne propre en Afrique, susceptible de créer un environnement économique favorable aux productions locales faisant défaut, les prix des productions locales, souvent fixés par les demandeurs, sont bas. Les petits producteurs ont difficilement accès aux crédits et le mauvais état des infrastructures de communication empêche un écoulement fluide de leurs produits. Il s’ensuit que les jeunes des villages, face au manque de politique agraire, n’ont plus les moyens de rester chez eux. Et la ville n’est pas la réponse puisque le taux de chômage augmente. Les travailleurs perçoivent des salaires indécents quand ils ne sont pas tout simplement impayés. En certaines régions, l’esclavage subsiste encore. Les taxes sont excessivement élevées et parfois abusives. Et l’aide internationale aux institutions soucieuses du sort des populations est souvent assortie de conditions inacceptables. Quant aux matières premières, elles sont exploitées avec des licences dont on ignore les critères d’attribution ; les retombées financières sont largement détournées par quelques-uns occasionnant une répartition inégale de ces richesses dans la société.

 

26. Les programmes de restructuration des économies africaines, proposés par les institutions financières internationales, se sont révélés plutôt funestes. Les restructurations « imposées » ont pour conséquences, d’une part, la fragilisation des économies africaines, et d’autre part la dégradation du tissu social avec pour effets l’augmentation du taux de criminalité, l’élargissement du fossé entre riches et pauvres, l’exode des zones rurales et la surpopulation des villes [25].

 

27. Les crises alimentaire et énergétique ont déjà frappé notre continent et manifestent l’urgence de solutions globales et de réactions éthiques aux désordres organisés des marchés.

 

28. Les multinationales ne cessent d’envahir graduellement le continent à la recherche des ressources naturelles. Elles écrasent les compagnies locales, achètent des milliers d’hectares expropriant les populations de leurs terres, avec la complicité des dirigeants africains. Elles portent atteinte à l’environnement et défigurent la création qui conditionne notre paix et notre bien-être, et avec laquelle les populations vivent en harmonie.

 

29. La crise financière qui frappe aujourd’hui les institutions financières affecte aussi le continent à plusieurs niveaux :

 

-    les investissements directs étrangers risquent de diminuer ;

-    les institutions financières africaines bénéficieront difficilement de crédits des banques occidentales pour, à leur tour, faire des prêts aux entreprises et aux individus, de sorte que l’économie réelle s’en trouvera affectée ;

-    l’aide au développement risque d’en souffrir, car les projets financés par des fonds étrangers (en difficulté) pourraient être suspendus, et les engagements des pays développés vis-à-vis des pays pauvres risquent de l’être également ;

-    sur les marchés développés, à cause de la récession, la demande de productions africaines (de matières premières notamment) pourrait baisser.

 

Une réflexion s’impose sur le fait que l’Afrique (l’Afrique du Sud exceptée) soit exclue de la recherche de solutions au système financier international actuel.

 

3. Le domaine socioculturel

 

30. Les peuples africains maintiennent, en de nombreuses régions du continent, un amour profond pour leur culture. Les artistes, les musiciens, les sculpteurs, etc., donnent libre cours à leur génie par des œuvres de plus en plus reconnues. On reconnaît que l’enracinement culturel conditionne le développement intégral des individus et des collectivités. Aussi, des hommes et des femmes du continent s’associent pour promouvoir l’héritage culturel de leur terroir. Certains États s’y sont résolument engagés. Ces entreprises conjuguées permettront-elles de sauvegarder les valeurs africaines authentiques de respect des anciens, du respect de la femme comme mère, de la culture de la solidarité, de l’entraide et de l’hospitalité, de l’unité, du respect de la vie, de l’honnêteté et de la vérité, de la parole donnée, etc., menacées par celles venues des autres continents [26] et diffusées à travers le phénomène de la globalisation ?

 

31. La défiguration de l’identité culturelle a conduit à un déséquilibre intérieur des personnes qui se manifeste par le relâchement moral, la corruption et le matérialisme, la destruction du mariage authentique et la notion d’une famille saine, par l’oubli des personnes âgées et la négation de l’enfance. Une culture de violence, de division, du guerrier héros s’est installée suite aux conflits armés. Il semble qu’un processus organisé de destruction de l’identité africaine soit à l’œuvre sous prétexte de modernité. Et cela s’avère d’autant plus efficace que l’analphabétisme se maintient à cause du faible investissement dans l’éducation par les pouvoirs publics. L’éducation de la jeunesse est ainsi livrée à l’influence des antivaleurs propagées par les mass médias, certains politiciens et d’autres figures publiques.

 

32. Certaines croyances et pratiques négatives des cultures africaines exigent toutefois une vigilance toute spéciale : la sorcellerie déchire les sociétés villageoises et urbaines, et, au nom de la culture ou de la tradition ancestrale, la femme est victime des dispositions en matière d’héritage et des rites de veuvage, de la mutilation sexuelle, du mariage forcé, de la polygamie, etc.

 

33. C’est dans ces différents domaines que les Églises particulières se sentent interpellées et attendent beaucoup du discernement des Pères synodaux à la lumière de la Révélation.

 

III. Réflexions théologiques sur le thème du synode

 

34. Le sous-titre du thème synodal indique la perspective dans laquelle les communautés ecclésiales sont invitées à servir la réconciliation, la justice et la paix. Il l’enracine dans la Parole du Christ qui appelle ses disciples à agir en « sel de la terre » (Mt 5, 13) et « lumière du monde » (Mt 5, 14). C’est ce que nous devons être, pour qu’à travers notre agir l’Esprit du Christ produise de « bonnes œuvres » qui réconcilient, opèrent la justice et la paix dans l’Église et dans la société en Afrique (cf. Mt 5, 16).

 

1. Les disciples du Christ comme « Sel » et « Lumière »

 

Le contexte de la Parole de Jésus

 

35. Dans son enseignement du Sermon sur la montagne en Mt 5, 3-10, Jésus nous introduit dans la vision de sa mission : faire entrer dans le Royaume de son Père les pauvres, ceux qui pleurent, les doux, les affamés et assoiffés de justice, les miséricordieux, les cœurs purs, les artisans de paix et les persécutés pour la justice. Ainsi, tous ceux qui sont ses disciples doivent collaborer à l’avènement de ce Règne, par l’attention à l’affamé, au malade, à l’étranger, à l’humilié (qui est nu), au prisonnier. Car dit le Seigneur, « dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25, 40).

 

La traduction en acte de la vision du Christ

 

36. Pour que cette vision devienne réalité, Jésus implique davantage ses disciples. Il les prépare à vivre avec lui la persécution, les insultes et toute sorte d’infamie « à cause de moi » (Mt 5, 11). Ainsi, s’engager à la suite du Christ, dans sa mission, c’est accepter de peiner avec lui pour partager sa gloire, comme l’atteste la vie des saints de notre continent, notamment dans ces derniers siècles, les martyrs de l’Ouganda (Charles Lwanga et ses compagnons martyrisés entre 1885-1887), des saints Daniel Comboni (1831-1881), Joséphine Bakhita (1869-1947), des Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916), Victoire Rasoamanarivo (1848-1894), Isidore Bakanja (v.1880/1890-1909), Cyprien Michel Iwene Tansi (1903-1964), Clémentine Nengapeta Anuarite (1941-1964). Ils ont été « sel » dans les terres où ils ont vécu, et « lumière » dans le monde qui les a vu vivre.

 

37. Les deux symboles du sel et de la lumière expriment une double dimension dans l’identité du disciple. L’image du « sel de la terre » caractérise les disciples comme agents de transformation au milieu de leurs sœurs et frères humains qui habitent la terre. En effet, tout comme le sel change la saveur des aliments dans lesquels il est mis, de même les disciples du Christ sont appelés à vivre de manière à donner à leur milieu une meilleure saveur d’humanité. Cet impact de la vie du disciple échappe au regard, à la manière du sel qui se dissout et devient invisible. C’est au goût que le monde sentira l’effet transformateur de la présence efficace du disciple. Les saints et bienheureux que l’Église propose en exemple aux chrétiens illustrent, par leur vie, l’efficacité du témoignage chrétien sur la vie de la société, car leur action n’a laissé aucune de leurs sociétés indifférentes. Et il faut croire que, comme le sel conserve, purifie et protège, une vie sainte conserve ce qu’il y a de meilleur dans l’humanité (ses valeurs authentiques) et la protège de la dégénérescence (cf. Gn 18, 17-33).

 

38. Quant à la seconde image, elle invite les disciples à s’identifier à la « lumière du monde ». Jésus ne les encourage pas à se donner en spectacle ; il dénonce du reste les hypocrites (cf. Mt 6, 1ss). Mais de toute façon, la lumière, destinée à éclairer, ne peut se cacher ; telle une ville perchée sur un sommet, elle sera toujours visible (cf. Mt 5, 14-16). En d’autres termes, le disciple qui illumine ne peut passer inaperçu. Il s’agit donc d’être une lumière qui éclaire l’homme et tout ce qui le déshumanise, en le rendant visible et intelligible par les « bonnes œuvres » : nourrir l’affamé, abreuver l’assoiffé, accueillir l’étranger, vêtir celui qui est nu, rendre visite aux malades et aux personnes âgées, prendre soin du prisonnier, etc. (cf. Mt 25, 35-36). La vie d’une communauté ecclésiale qui incarne la Parole devient dès lors une lampe sur les pas de la société en général, pour que l’on évite les chemins de mort et que l’on s’engage plutôt sur ceux qui mènent à la vie, c’est-à-dire à la suite de Jésus, « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6).

 

39. En somme, par ces deux images, Jésus interpelle profondément ceux qui l’écoutent, à transformer la société humaine par leur être et à montrer, par leur exemple de vie, les voies qui mènent au Royaume de Dieu, promis à ceux et celles qui sont brisés et brimés, les laissés-pour-compte dans la société. Le Royaume apparaît dès lors comme la terre de consolation, de satiété, de miséricorde, héritée par les fils et filles de Dieu. Il s’étend par l’agir du disciple serviteur sensible à toute souffrance humaine, traduisant en acte la prière que Jésus nous a enseignée : « Père […] que ton Règne vienne ! » (Mt 6, 10).

 

2. L’Église-Famille de Dieu et la « diaconie »

 

Une Église-Famille servante

 

40. À l’invitation de Jésus-Christ, le Maître, la communauté de ses disciples, qu’est l’Église, est devenue une Famille de fils et filles du Père (cf. Mt 5, 16.45.48 ; 6, 26.32 ; 7, 11). L’amour tel qu’il a été vécu par le Fils unique devient la caractéristique des membres de cette Famille, appelée à suivre l’exemple du frère aîné par le service fraternel ou diakonia. En effet, après avoir lavé les pieds de ses disciples, il leur déclare : « c’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez comme moi j’ai fait pour vous » (Jn 13, 15). Et dans sa réponse au légiste qui savait bien comment lire la Loi pour en extraire l’essentiel, c’est-à-dire l’amour de Dieu et du prochain (cf. Lc 10, 25-28), Jésus dit : « va, et toi aussi, fais de même ». De fait, l’exemple qu’il lui donne dans la parabole est un modèle de diakonia, où l’amour se traduit en acte sous la figure du bon Samaritain (cf. Lc 10, 29-37). Dans cette figure nous reconnaissons Jésus lui-même au chevet de toute souffrance humaine, modèle pour l’Église soucieuse de l’Afrique en mal de réconciliation, de justice et de paix.

 

Servante de justice et paix

 

41. Selon les mots du psalmiste, « Justice et Paix s’embrassent » (Ps 84, 11). C’est une caractéristique du Règne de Dieu dont nous appelons la venue lorsque nous prions le Père : « Que ton Règne vienne ! ». L’Église-Famille se sait ainsi envoyée pour qu’advienne en Afrique un monde de Justice et de Paix, un monde où Dieu règne, parce qu’il a été réconcilié avec son Dieu et avec lui-même. Quelles voies emprunter par ces temps de troubles et d’injustices que le monde feint de ne pas voir ?

 

Servante de réconciliation

 

42. Jésus-Christ est la source de réconciliation de Dieu avec l’humanité et avec chaque personne. Il est aussi agent de réconciliation des hommes entre eux (cf. Mt 6, 12 ; Rm 5, 10-11) ; c’est le fondement de la mission de l’Église. L’Église-Famille de Dieu en Afrique se sent investie du « ministère de la réconciliation » (2 Co 5, 18). Car elle est messagère de « l’Évangile de la paix » (Ep 6, 15), qui fait d’elle un seul Corps et Temple de l’Esprit Saint. À l’exemple du Christ, elle est artisane de réconciliation en son corps de chair. Parce que bâtisseurs de communion, les chrétiens appelleront la société africaine à l’union des cœurs et en donneront eux-mêmes l’exemple par le témoignage de leur vie. Une vie qui réconcilie parce qu’elle fait place au pardon (cf. Mt 5, 23 ; Ep 2, 14-15).

 

43. C’est en effet, dit Jésus, « à l’amour que vous aurez les uns pour les autres, que le monde saura que vous êtes mes disciples » (Jn 13, 35). Dès lors, avant toute action, c’est par sa manière d’être que toute cellule ecclésiale sera un appel lancé à nos frères et sœurs africains à se laisser réconcilier avec Dieu et avec les uns et les autres (cf. Mt 5, 23ss ; 2 Co 5, 20). L’Église manifestera ainsi sa dimension de sacrement, signe efficace qui rend présente, au cœur de l’Afrique, la grâce de la réconciliation opérée entre Dieu et l’humanité, et entre les hommes eux-mêmes, par le Christ Jésus, devenu notre Justice et notre Paix.

 

3. La justice du Royaume

 

44. La justice que Jésus-Christ nous invite à chercher est avant tout celle du Royaume (cf. Mt 6, 33). Cette justice est celle qu’illustre Joseph, appelé le « juste » (Mt 1, 19), parce qu’il a écouté sa conscience habitée par la Parole de Dieu, et offert à Marie, son épouse et à l’enfant en son sein, ce qui leur était dû : la protection de la vie. Cette justice plus grande du Royaume surpasse celle de la Loi ; elle est aussi vertu [27]. Elle ne nie pas la justice humaine, mais l’intègre et la transcende. C’est en cela qu’elle devient une voie qui mène au pardon, à la réconciliation véritable et restaure la communion.

 

45. L’Église-Famille habitée par le Christ, Parole du Père, se sent appelée à servir la justice du Royaume. Elle se doit de vivre la justice d’abord en son sein, dans ses membres, afin que nos frères et sœurs en Afrique voient le chemin ardu de la rédemption et lui emboîtent le pas. En effet, à chaque personne est dû, en toute justice, le respect de sa dignité de fils ou fille de Dieu. Or, sur la scène du continent africain, « des hommes […] tiennent cette vérité captive dans l’injustice » (Rm 1, 18). Il faut la libérer. Et « en vertu de la délivrance accomplie en Jésus-Christ » (Rm 3, 24), comme disciple du Christ au service de la justice, « nous devons, nous aussi, donner notre vie pour nos frères » et sœurs (1 Jn 3, 16). Ainsi, notre terre vivra, elle aussi, pacifiée : « L'œuvre de la justice, c'est la paix (cf. Is 32, 17) » [28].

 

4. La paix du Royaume

 

46. De quelle paix s’agit-il ? « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne» (Jn 14, 27), nous dit Jésus. Car la paix du monde est précaire et fragile. La paix véritable nous est offerte à la manière du Christ et en lui. « C'est lui, en effet, qui est notre paix: de ce qui était divisé, il a fait une unité. Dans sa chair, il a détruit le mur de séparation: la haine […] Il a voulu ainsi […] créer en lui un seul homme nouveau, en établissant la paix […] au moyen de la croix: là, il a tué la haine. Il est venu annoncer la paix à vous qui étiez loin, et la paix à ceux qui étaient proches. Et c'est grâce à lui que les uns et les autres, dans un seul Esprit, nous avons l'accès auprès du Père » (Ep 2, 14-18).

 

47. La mission de servir la paix consistera pour nous à la construire en chacun des membres du Corps du Christ, pour que tous nous devenions des femmes et des hommes nouveaux, capables d’opérer cette pacification de l’Afrique. La paix en effet n’est pas avant tout le produit de structures ou de personnes externes. Elle naît surtout du dedans, de l’intérieur des personnes individuelles et des communautés elles-mêmes. La conversion du cœur en « un cœur nouveau » et « un esprit nouveau » (Ez 36, 26) est la source d’une action transformatrice efficace. Grâce à une vie authentique de disciple, fruit de la metanoia (cf. Mc 1, 15), l’on espère la transformation des comportements, des habitudes et des mentalités. Notre identité de disciples s’avère donc essentielle pour la transformation de notre société et du monde en général en un monde meilleur, plus vrai, plus juste, plus pacifié, plus réconcilié, plus fraternel et plus heureux, et ceci avec la collaboration de tous les hommes de bonne volonté. Ainsi, les personnes découragées de la vie à cause des conflits politiques incessants, des guerres cycliques, de la pauvreté et des injustices sociales, politiques et économiques y retrouveront l’espoir et le goût de vivre.

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